Reggaeton , le rythme du nouveau métissage
Cet été, l'Espagne toute entière a succombé au reggaeton. Cette musique hybride et métisse venue des Caraïbes hispanophones mêle le mérengué dominicain avec la plena et la bomba portoricaines, le son cubain, le reggae jamaïcain, le hip-hop new-yorkais, un parent proche du ragga-muffin jamaïcain, mais chanté en espagnol. danse de reggaeton Le reggaeton est entré en force sur les grandes chaînes de télévision espagnoles, un nombre infini de sites lui sont consacrés sur Internet, et il a même désormais sa publication, Reggaeton Magazine, dont le premier numéro vient de paraître en kiosque. On ne compte plus les CD et compilations sortis en Espagne cette année, et Daddy Yankee et Don Omar, les deux plus grandes stars du genre, ont une tournée annoncée á l'automne.
"Ce que j'aime dans le reggaeton, c'est qu'on ne peut pas s'empêcher de danser quand on l'entend", a dit la chanteuse colombienne Shakira. C'est ce qui explique sans doute qu'il se soit propagé aussi vite partout, des bars les plus lumpen aux clubs les plus hype. La danse connue sous le nom de perreo, est indissociable de la musique. Un couple se trémousse frénétiquement. Sur fond d'une musique syncopée, hachée mais terriblement rythmée, on entend des phrases répétées á l'infini, du genre :
"A ella le gusta la gasolina" (Le super, c'est ce qu'elle préfère), "Quieres que te lleve a Singapur, ven y prueba mi yogurt" (Tu veux que je t'emmène á Singapour, viens goûter mon yoghourt) ou "Papi chulo, papi chulo, papi, papi, papi, papi chulo" (Beau mec). Dans le reggaeton, tout est simulation, euphémismes et allusions sexuelles plus ou moins subtiles ou osées . Mais si une star comme Toby Toon dit dans le refrain de sa chanson El Latigo (Le fouet) : "Y si ella se porta mal, Dale con el látigo !/Se sigue portando mal, Dale con el látigo !/ Si la trato bien, ella me dice estúpido" (Et si elle est pas gentille, fouette-la !/ Elle est toujours pas gentille, fouette-la !/ Elle aime le châtiment/ Quand je la traite bien, elle me prend pour un crétin), il ne faut pas y voir une connotation sadique ni une incitation á la violence contre les femmes : il s'agit d'une allusion transparente au pénis et á l'envie d'avoir des rapports sexuels avec un partenaire consentant.
Le Colombien Emerson Reyes, directeur de Radio Fiesta FM, une station madril ne qui s'adresse á un public originaire des Caraïbes, fait remonter la passion des Espagnols pour le reggaeton au moment" les immigrées colombiennes ou dominicaines ont commencé á se trouver des petits amis espagnols et á les emmener á leurs fêtes ; ou, á l'inverse, lorsque des Latinos se sont mis á emballer des Espagnoles". Miguel Casaubon, gérant du Casablanca, l'un des temples madrilènes du reggaeton dans le quartier Azca, qui peut attirer les soirs de week-end jusqu'á 10 000 immigrés latinos, constate un afflux de jeunes Espagnols ces derniers temps. "Les gamins se côtoient á l'école, ils écoutent la même musique, et puis, á cet age-lá, on a moins de préjugés"